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le blog d'un hypnothérapeute

Qui sont Charlie ?

Publié le 8 Janvier 2015 par Jean-Luc ROQUET - Hypnothérapeute

A l'heure où je commence cet article, des centaines de personnes, que dis-je, des milliers, et même des millions, se rassemblent, se révoltent contre la barbarie, pleurent et crient ensemble.

Comme pour un processus de deuil, après l'incrédulité d'hier, la stupeur, c'est à présent le temps de la colère, de la révolte contre la perte d'êtres chers. Mais en quoi sont-ils si chers ? Dans quelques semaines, il ne restera pas grand chose, dans l'esprit de la plupart des gens qui aujourd'hui manifestent, hormis sans doute le souvenir de ce grand rassemblement, de cette union nationale, qui sera peut-être emprunt de nostalgie, et d'une satisfaction d'avoir partagé un moment fort, d'un enthousiasme d'avoir été « Là » ce jour-là, de pouvoir en parler lorsque dans les rétrospectives de décembre, les journalistes feront le bilan des moments marquants de l'année... Des commentaires viendront comme : « Quel dommage qu'il ait fallu tous ces morts pour que les Français fraternisent », ou « Tu te souviens, c'était vraiment chouette, tous ces gens ensemble » ou encore « Je suis fier d'avoir crié mon indignation parmi cette foule immense ».

Cet engouement ressemble d'assez près à un autre, en 1998, juillet pour être précis. Dont nous nous souvenons aujourd'hui comme d'un « Grand » moment pour la France. Des millions de français dans la rue pour fêter la victoire de leur équipe de football. Le mécanisme est le même, bien que pour des raisons opposées.

Ces émotions à grande échelle sont une conjonction massive de ressentis individuels.

Mais tentons de remettre les événements en perspective. Qu'est-ce qui a fait que la population se retrouve tout à coup aussi concernée par ces douze morts, alors que début décembre, l'information suivante n'a pas soulevé autant de remous, me semble-t-il ?

« 141 personnes dont 132 enfants ont trouvé la mort hier dans l’école de Peshawar

Les Talibans ont attaqué ce mardi matin une école de Peshawar accueillant des enfants de militaires. 141 personnes sont mortes, dont 132 élèves, sous les balles, puis dans des explosions. »¹

Pourtant, il s'agit d'un crime similaire, concernant de surcroît des enfants, pour les mêmes raisons religieuses, faisant dix fois plus de victimes !

Chacun à un rapport particulier avec la mort, en fonction de son histoire personnelle. Les deuils de personnes à qui nous pouvons nous identifier nous touchent, parce qu'elle réactivent en nous des émotions souvent encore douloureuses, et qui sont seulement des traces de deuils non digérés. Si on y ajoute les symboles que représentent les personnes décédées pour chacun d'entre nous, cela amplifie le ressenti. Il est très intéressant d'observer les réactions des personnes interwievées dans les manifestations. On peut s'apercevoir que chacun est présent pour des raisons différentes. Certains parlent de leurs valeurs morales, d'autres de leur liberté de penser ou de s'exprimer, d'autres encore parce qu'ils lisent Charlie Hebdo et Hara Kiri depuis leur enfance et qu'ils ont le souvenir d'avoir beaucoup ri en lisant ces journaux, d'autres encore parce qu'ils font partie de communautés spirituelles ou politiques. Pour ma part, j'éprouve à la fois de la tristesse pour la disparition de Cabu, que je considère comme le meilleur caricaturiste Français, (et parce qu'il était dessinateur de Récré A2 lorsqu'enfant, je regardais la télé, et que seul à la maison, je trompais mon ennui) et de la révolte contre la liberté d'expression qui est pour moi une valeur essentielle. Mais ce n'est que mon ressenti, qui est constitué d'expériences personnelles.

Nous sommes des êtres émotionnels. Aujourd'hui nos émotions personnelles nous font nous retrouver sous une même bannière, mais il est important de prendre conscience qu'il s'agit d'un phénomène absolument individuel qui en rencontre d'autres. Si j'ai du chagrin, si je me sens triste ou révolté, et que cela est un problème pour moi, alors je dois me pencher sur ce qui résonne en moi, et non pas sur ce qui semble raisonner...

1 http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/pakistan-recit-d-un-terrible-carnage-dans-une-ecole-de-peshawar_1633087.html
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